Les travaux ont maintenant concerné la totalité du terrain, hormis la surface occupée par les bâtiments modernes et le baraquement. Les remparts et les tours sont dégagés ; une bonne partie de ceux-ci ont été consolidés et rejointoyés, mais la grandeur du site fait qu’il reste encore beaucoup à faire. L’achat, puis la démolition d’une maison en 2001 a fait réapparaître la tour du 15ème siècle de la porterie, attenant au boulevard et permis la réfection de l’ensemble. Des canonnières ont été restituées, des voûtes rétablies, des portes charretières et autres restaurées, des dallages posés et une présentation du site améliorée. Mais il reste encore beaucoup à extraire tans dans les fossés Nord que dans la zone de la tour de la Campagne. Leur enlèvement pèse lourd sur les finances, malgré la complaisance et la générosité des entreprises locales. Et l’Association doit assurer l’entretien et les réfections de ce site immense dans l’attente de la mise en place, d’un programme de travaux par l’Administration des Monuments Historiques et les collectivités locales.
Les chantiers comptent du début juillet à la fin d’août quatre sessions d’une trentaine de participants en moyenne. Le recrutement se fait par quatre voies, d’abord le catalogue de l’Union Rempart, largement diffusé en France et à l’étranger, puis par une liaison efficace avec la Slovaquie et par celles tenues avec la Pologne et l’Ukraine, enfin le bouche à oreille du fait de l’ancienneté du site qui lui a déjà fait accueillir maintes fois des enfants des bénévoles des premiers chantiers. Les participants sont hébergés par l’Association dans le Centre Culturel, restauré par les membres.
Si du fait de la diversité des langues, les participants ont parfois tendance à se regrouper par nationalités aux repas, tel n’est pas le cas aux veillées, ni aux sorties. Et jamais sur le chantier « tant l’ambiance cosmopolite est de règle ».Les consignes sont données en plusieurs langues et la documentation de base est en treize langues.
Depuis neuf ans, il faut noter une proportion croissante de bénévoles, entrés dans la vie active, et dont la maturité et l’expérience sont pour les plus jeunes participants une enrichissement certain. Jeunes ingénieurs, architectes, techniciens d’industrie ou de laboratoire, jeunes professeurs de langue, biologie, musique, etc…, comptables, journalistes, vétérinaire, etc… français et étrangers. «En permanence dans un travail de conception, on a besoin pour un bon équilibre, d’un retour au travail manuel » disaient plusieurs d’entre eux. Ou encore « Dans notre société, tout est intéressé, même quand cela ne semble pas l’être. Ici c’est autre chose, une autre dimension, face à l’énormité du travail réalisé et de celle qui reste à faire ». « On donne pour donner, pour le plaisir de chacun, sans attendre de retour, sans rien attendre en échange.»
Tous, jeunes ou moins jeunes, ont bien conscience que « notre travail ne représente qu’une goutte d’eau dans la mer, mais ça vaut le coup d’apporter notre pierre à l’histoire » ainsi que le confiait une professeur de cette discipline. Et face à l’immensité du lieu, un ingénieur ajoutait « ce que je fais ne paraît rien, et pourtant ce rien est nécessaire, aussi quelle satisfaction de dire : ce site, j’y suis maintenant pour quelque chose ». Et lorsque bien des années plus tard, ils ont l’occasion de revenir sur les lieux où autrefois ils ont œuvré, c’est toujours avec émotion qu’ils revoient le bout de mur qu’ils ont érigés, le morceau de dallage qu’ils ont posé ou telle porte, telle canonnière qu’ils ont contribué à restaurer ou encore q’ils recherchent où ont pu passer les blocs qu’ils ont travaillés. Et parfois, les larmes aux yeux, ils se souviennent que, venu d’horizons et de pays si divers, ils étaient tous réunis dans le même don de soi, la même gratuité de l’effort, avec la même volonté de persévérer et de réussir.
Ce qui frappe dans cette forteresse et ce qui constitue encore aujourd’hui son principal intérêt, ce sont les dimensions hors du commun et les différentes évolutions sur le même édifice, pour l’adapter aux progrès rapides de l’artillerie, durant quatre siècles d’histoire de la fortification. D’où la difficultés, rencontrée tant par les fouilleurs que par les visiteurs, pour situer aussi exactement que possible les différentes étapes de sa construction, contrairement à bon nombre de châteaux, abandonnés après la guerre de cent ans.
Il apparaît de plus en plus clairement que les campagnes de fouilles archéologiques ont apporté de précieux renseignements sur l’origine de cette construction des Comtes des Vaudémont, ayant au départ édifié une simple tour de plan rectangulaire, sans doute défendue par une porte d’entrée, cette deviendra pendant les siècles suivants une forteresse des plus importantes en France.
Un réseau perfectionné de celliers, de salles à usage utilitaire, de puits et de galeries munies de cheminées de ventilation, a été dégagée depuis 1972 de sa gangue de terre, amoncelée lors du démantèlement et du recouvrement de la forteresse en 1670- 1671 par le Maréchal de Créqui, ce qui a certainement permis une meilleure conservation de l’ensemble du monument.
