La Forteresse de Châtel au XIème Siècle

Ce qui frappe dans la forteresse et constitue son principal intérêt, ce sont ses dimensions lors du commun et la vision diachronique qu’elle présente de quatre siècles d’évolution d’histoire de la fortification, rassemblés sur un même édifice. Au contraire de nombreux châteaux forts, figés dans leur évolution après la guerre de Cent Ans, Châtel bénéficie au XVème siècle, pour les raisons politiques, d’une spectaculaire adaptation à l’artillerie à boulets métalliques. D’où la difficulté pour les membres de l’association  et les visiteurs, de situer exactement les étapes successives de la construction.

Il apparaît qu’à l’origine les comtes de Vaudémont ont édifié une massive tour – donjon de plan presque carré, précédée d’une porte d’entrée située à l’intérieur d’une clôture rectangulaire de murs ou peut être de palissades. Au nord de larges fossés et zones boisés offrent une protection suffisante pour l’époque. Au sud, la Moselle a entaillé la falaise calcaire dont l’assise apparaît en plusieurs endroits et des ruisseaux aujourd’hui disparus délimitent un promontoire entre leurs lits. De cette tour primitive subsiste une base large de 17 à 19 mètres, aux murs épais de 3.12 à 3.40 mètres et qui présentent plusieurs assises de parement calcaire en moyen appareil. L’occupation de l’esplanade, appuyée sur le sol géologique, suit de près l’érection de la « grande tour carrée ». Les analyses de carbone 14, effectuées dans une série de petits bâtiments rectangulaires dont certains sont pavés, corroborent la datation que la trouvaille d’une monnaie bretonne de la seconde moitié du XIIème siècle avait pu suggérer.


L’architecture de la grosse tour circulaire, dite de l’Etuve du Trésor des archives, édifiée en contrebas du promontoire, les prélèvements de mortiers du mur Est, marquant la limite extrême d’un seconde étape de construction du premier tiers du XIIIème siècle. L’on sait qu’à cette époque les comtes de Bar avaient avancé des sommes importantes à leurs vassaux, les Vaudémont, et l’on peut attribuer au comtes Hugues II et à son fils Hugues III cette extension en Sud et en Est ; car leurs successeurs, les comtes Henri I et Henri II iront guerroyer en Italie et se débattront dans de grosses difficultés financières.
Cette attribution au comtes Hugues II et Hugues III est confirmée par l’exceptionnelle trouvaille en août 1992 du moule intact du sceau équestre de Hugues III ( +1243). Ce moule était tombé dans une anfractuosité de rocher de la salle d’archères qui jouxte à l’Est la Tour du Trésor des archives.



Une grande tour rectangulaire s’ajoure à la première et double la surface primitive sur le promontoire rocheux que défendent des murs talutés, dotés de grandes archères plongeantes dont certaines atteignent 2.10 mètres de hauteur. Au Nord, du coté du village qui était venu autrefois rechercher la sécurité près du château, s’élevaient l’Eglise castrale, plus tard agrandie au XVème siècle, et les bâtiments utilitaires. Enfin, à l’Ouest du coté de la petite ville qui se crée à cette époque en contrebas du rocher, la défense de l’entrée du château est renforcée par une grosse tour de flanquement et une tour porte, précédée d’un pont levis.