Chastel sur Mezelle en 1448

1448 marquera une étape importante, car, conscient de l’affaiblissement du pouvoir ducal lorrain, il refusera l’hommage et fermera la ville aux officiers de René d’Anjou. L’artillerie se développant rapidement  avec l’apparition du boulet en fonte remplaçant le boulet en pierre, c’est vers cette date que Châtel devra s’adapter face à ce nouveau projectile pour rester en place de premier ordre.
Ainsi Thiébaut IX fera bâtir une chemise d’artillerie, composée d’une enceinte extérieure plus basse que celle édifiée au début du siècle, car située au fond d’un fossé de 57 mètres de large.

Sur le flanc Sud, la Moselle empêchant la construction  d’une telle enceinte, on décidera alors de protéger les murs des XIème et XIIIème  siècles par un mur bouclier descendant jusqu’au pied du rocher.

 Lors de cet agrandissement on transformera l’église en chapelle castrale et on dotera la cité d’un nouvel édifice religieux également sous le patronage de Saint Laurent. Cette nouvelle église date certainement de l’élection d’Antoine de Neufchâtel à l’évêché de Toul en 1461.

Ce sera seulement au XVème que le Durbion, petit affluent de la Moselle, sera détournée pour noyer les fossés devant le mur bouclier, en bas de la forteresse.

L’aspect économique étayera cette construction solide. Des foires franches favoriseront le commerce et dès 1429, les Châtellois seront affranchis d’un droit appelé «Tanneul », normalement perçu sur chaque denrée vendue. Le péage de Châtel contrôlera la vallée de la Moselle et la route reliant la Comté aux salines de la vallée de la Seille.

La ville possédera une huilerie, un moulin, des teintureries, une fonderie et une tannerie. La tuilerie sera célèbre et les Seigneurs de Neufchâtel feront de la région un centre actif de la fabrication et de commercialisation vers les pays du Nord du «grand verre » de la Vôge, où le secret du verre à vitre avait été apporté, dès la fin du XIVème siècle, par les verriers de Bohême. Les noms de plusieurs localités d’alentours en témoignent encore aujourd’hui.

De par leurs fonctions et leurs possessions, les Neufchâtel joueront un rôle clé dans l’histoire des états bourguignons. Leur assise territoriale en lorraine dont les châteaux d’appui entouraient la forteresse de Châtel d’un véritable couronne défensive : Chaligny, Bainville-aux-Miroirs, Froville, Saint-Germain, Clézentaine, Romont et Hadigny-les-verrières. Puis à partir de 1465, alors que le rêve lotharingien de Charles le Téméraire est omniprésent, ces possessions permettront aux comtes de disposer de bases fortes au cœur même des terres qu’ils chercheront à conquérir.

L’importance de la forteresse, sera sans conteste la plus forte de Lorraine et montrera bien la place jouée par les Neufchâtel dans cette importante partie politique. Si l’on ajoute leurs fonctions d’abbé de Luxeuil et d’évêque de Toul, à compter de 1460 et cela jusqu’à la fin du siècle, on comprend bien que ce lignage sera un pion incontournable dans l’échiquier des grands ducs d’occident.

En 1463, le Roi de France Louis XI et le Duc de Lorraine Jean II entretiennent des relations ambiguës, de plus le Roi a donné la ville d’Espinal et la Châtellerie qui en dépend, au Maréchal de Bourgogne Thiébaut IX, pour le récompenser de ses nombreux services, mais les 4 gouverneurs et les bourgeois d’Espinal refuseront obstinément de reconnaître la souveraineté de cet important personnage sur leur cité.

En avril 1466, le Maréchal  assiègera plusieurs semaines la cité et fera usage de la force pour obliger les Spinaliens, se trouvant à la dernière extrémité, à ouvrir leurs portes. Le 1er juillet, des envoyés d’Espinal se rendront à Montargis pour demander de l’aide au Roi Louis XI qui est accompagné du Duc de Lorraine Jean II. Le roi refusera. Le 20 juillet suivant, le Maréchal appelé en Flandres préférera se retirer quand les troupes de Lorraine, conduites par son fils Nicolas, se présenteront devant la cité. Espinal redeviendra de nouveau une possession du duché de Lorraine.

En 1467, Thiébaut IX déclarera la guerre au Duc de Lorraine et en août, il confiera à son fils Henri le soin de mener une âpre guerre de 5 ans qui se terminera en décembre 1472, par un traité assez avantageux pour le Neufchâtel. Durent cette guerre, Le Duc de Lorraine assiègera par deux fois Châtel sans en venir jamais à bout, même lors du second siège du printemps 1471 qui durera trois mois. Cela prouve que les aménagements apportés aux fortifications du château étaient nécessaires et répondaient bien à l’armement de l’époque.

Des 12 enfants dont 8 garçons, du Maréchal et de son épouse, Bonne de Châteauvillain, l’aîné Thiébaut X mourra en 1462 à l’âge de 25 ans, déjà Capitaine Général de Bourgogne. Le second fils Henri conservera les possessions de famille. Le 3ème, mourra vers 1475-1478. Trois autres se tourneront vers des carrières ecclésiastiques. Claude sera un Gouverneur, après la mort devant Nancy en 1477 de Charles  Le Téméraire et Guillaume, dernier fils, qui sera gouverneur de la Comté et héritera de Châtel.