Claude de Neufchâtel, Seigneur du Fay et de Grancey

- Né en 1449/50 - + 24 février 1505 dans le "quartier de Lorraine" au Luxembourg (donc dans la Gaume et la région de Virton) et inhumé dans l'église des Clarisses du Saint Esprit de Luxembourg, "au côté droit de l'autel dans un sépulcre de pierre, relevé avec statue, armes et quartiers de la Toison d'or". Ce tombeau fut détruit par Vauban en 1690 lors de l'édification des fortifications de la ville. "Et fut son cœur, apporté en un coffre de plomb et enterré dans l'abbaye de Lieu Croissant en la chapelle de l'Annonciation, sépulture des seigneurs de Neufchastel" près de l'Isle sur le Doubs.

- Claude de Neufchâtel fit construire un hôtel à Luxembourg à l'emplacement de l'ancien hôtel de la Monnaie dans le quartier qui fut autrefois "Le Refuge de l'abbaye Saint Maximin de Trèves". Cet hôtel, dit hôtel du Fay ou encore hôtel de Berbourg fut transformé à la fin du XVIème par le cardinal Lothaire de Metternich. Il abrite aujourd'hui le Ministère de l'Etat. Et c'est dans le jardin de cet hôtel que fut érigée au début du XVIIème la cathédrale Notre Dame.

- Quatrième fils de Thiébaut IX, maréchal de Bourgogne (+ 1469) et de Bonne de Châteauvillain (+1474), celle-ci fille de Bernard, seigneur de Châteauvillain et de Grancey (+ 1452) et de Jeanne de Saint Clair (sur Epte), dite de Vez (+ 1458). Il brisait les armes de Neufchâtel d'un lambel d'azur à trois pendants.

- Il épousa au Luxembourg le 16 mai 1465, Bonne de Boulay (Bolchen) (+ après mai 1515, inhumée en l'église du couvent de Differdange), fille aînée et héritière de Jean, seigneur de Soleuvre, de Berbourg et de Mont Saint Jean, prévôt de Luxembourg, et de Marguerite d'Autel (Elter). Ils eurent quatre enfants dont Thiébaut XI, seigneur de Soleuvre (1478 - 1501) et trois filles, Bonne + 1515, épouse de Louis comte de Blamont (+ 1504), puis de Guillaume de Fürstenberg + 1549, Marguerite, abbesse de Baume et de Remiremont + 1549, et Elisabeth + 20.11.1533, épouse de Félix comte de Werdenberg et Heiligenberg + 1530 cousin de l'empereur Maximilien, puis de Dietrich IV, comte de Mandesrcheid - Schleiden (+ 1551).

- Claude avait d'abord été destiné à l'état ecclésiastique. Le pape lui avait affecté un canonicat vacant dans l'église de Toul et son frère Antoine, promu évêque du lieu depuis le 3 octobre 1460, lui avait proposé un archidiaconat. Mais ses goûts personnels et la mort prématurée fin 1462 de son frère Thiébaut X orientèrent autrement sa carrière. Par son testament anticipé du 28 octobre 1463, son père lui légua la baronnie du Fay, les seigneuries de Bourguignon et de Poinson en Pays langrois, ainsi que celles apportées par sa mère : baronnie de Grancey (mi-parti bourguignonne et champenoise), seigneuries de Selongey, Gemeaux, Foncegrive et Boussenois (région au Nord de Dijon). Et dès le 8 mars 1466, ses parents lui cédèrent, par donation entre vifs, tous leurs droits sur lesdites seigneuries. Son épouse lui apporta les importantes seigneuries de Soleuvre, Mont Saint Jean et Berbourg, la moitié de celle de Differdange, le quart de Larochette (von der Fels) et une part de celle de la Roche en Ardenne ainsi que l'office d'Echanson héréditaire de Luxembourg et la sous vouerie de l'abbaye d'Echternach.

- Le 22 février 1465, Claude est nommé conseiller et chambellan du comte de Charolais "son cousin". Celui-ci l'envoie le 18 juin 1467 annoncer à la Reine de France la mort de son père, le duc Philippe, décédé le 15. Mais voici qu'en juillet éclate la "guerre d'Epinal" entre son père et le duc de Lorraine. Durant six semaines, Claude tient avec ses Luxembourgeois et 40 lances bourguignonnes, Liverdun, place forte de l'évêché de Toul. Battue par toute l'artillerie lorraine pendant douze jours, la ville doit capituler le 16 septembre, et la garnison obtient de pouvoir sortir "leurs corps et leurs biens saufs, bien soit que ledit du Fay le faict bien à regret". Il avait seulement 17 ou 18 ans ! Puis c'est la campagne de Liège en ocotbre 1468 au cours de laquelle il est fait chevalier avec son frère Henry et son cousin Philippe. Envoyé en Artois au printemps 1469, il rend hommage le 20 mars à Arras pour les seigneuries luxembourgeoises de son épouse dont le père était décédé fin 1468.

- Au début de 1471, il combat l'invasion française dans le Sud de la Bourgogne et, en septembre 1473, il est dans l'armée, que le duc Charles réunissait à Luxembourg. Nommé en janvier 1474 lieutenant général aux frontières du Nivernais, il contient les Français dans la région de Châtillon en Bazois. Dès avril il est promu capitaine général des Marches de Bourgogne ; il tente alors en vain de faire entrer le comté de Montbéliard dans la mouvance de Bourgogne.

- Rappelé au Luxembourg le 22 juin pour y être "lieutenant sur les Marches du Duché", il est promu le 27 février 1475 "lieutenant général au duché de Luxembourg et au comté de Chiny" faisant fonction de gouverneur. Cette région était alors l'un des pivots de la politique bourguignonne, aussi le duc Charles entretiendra-t-il jusqu'à sa mort une correspondance suivie avec Claude pour lequel, outre une grande confiance, il témoignait une réelle amitié. En mai et juin 1475, chef des troupes rassemblées aux frontières de Lorraine, il contient l'offensive franco-lorraine, refoule le sire de Craon, reprend Damvillers, et s'empare du Nord du duché de Bar. En récompense, il reçoit le 30 juillet les seigneuries confisquées de Conflans et de Buzy, et le 18 septembre la promesse du comté de Vaudémont. Ce sont alors entre Bourgogne et France les "trêves de Soleuvre", signées pour 9 ans le 13 septembre dans son château de ce nom.

- Le 28, le duc Charles pénètre en Lorraine et dès la mi-octobre Claude, lancé en avant garde, prend le contrôle des régions de Lamarche et de Remiremont d'où il donne le 17 octobre sauvegarde au prieuré d'Hérival ; aussitôt après il est rappelé au Luxembourg afin d'assurer la sécurité de ce relais indispensable. A la nouvelle de l'échec de Grandson (2 mars 1476), pressentant des troubles en Lorraine, il met dès le 5 mars garnison à Sierck, puis il aide à rééquiper l'armée et le fait à nouveau après la défaite de Morat (22 juin). En août il tente de secourir Jean de Rubempré, assiégé dans Nancy, et il en recueille la garnison après la capitulation du 7 septembre. Quatre jours après, avec Philippe de Croy, il amène à Toul des renforts au duc Charles. Le 31 décembre, celui-ci lui adresse un dernier appel.

- Après le désastre de Nancy, il recueille les rescapés, fait face à la rébellion des nobles ralliés à Ladislas, freine l'invasion lorraine et garde au château de Luxembourg le fabuleux trésor de guerre dont il verse de larges subsides (plus de 60.000 livres) à la duchesse Marie. "Tres chier et amé cousin, nous ne savons où prendre l'argent pour l'entretienement de nostre estat". Le 25 mai 1477, celle-ci le nomme gouverneur du Luxembourg et gardien de la ville de Trèves. Le lendemain elle lui donne "povoir pour adviser et prendre trêves avec le duc de Lorraine", trêves conclues le 23 juin pour le bailliage d'Allemagne et le 24 août pour le reste du duché. Le 3 juillet, muni d'une grosse somme d'argent pour payer le voyage de l'escorte de Maximilien, il va l'accueillir à Cologne pour le conduire à Gand en vue de son mariage le 18 août avec la duchesse Marie.

- Avec son cousin l'archevêque Charles de Neufchâtel, il avait négocié en mars et avril 1477 à Lucerne une suspension d'armes avec la Confédération helvétique, puis à Zurich (traités du 24 janvier et du 25 avril 1478). Ce dernier traité prévoyait la restitution des seigneuries confisquées. Aussi obtient-il de l'évêque de Bâle le 18 juillet suivant et ultérieurement de l'archiduc Sigismond le 30 juin 1480 la restitution des seigneuries du Nord de la Franche Comté, confisquées à son frère Henry. Parallèlement de février 1477 à septembre 1479, il menait en Lorraine de difficiles négociations pour obtenir la libération de son frère, fait prisonnier à la bataille de Nancy.

- Du fait de ses nombreuses absences, Claude est remplacé à son poste de gouverneur par Evrard III de La Marck du 20 mars 1478 au 4 novembre 1480, mais il continue d'agir militairement pour pacifier le Luxembourg et en protéger les frontières. A Luxembourg, il fait construire le bastion Marie et le front du Limpertsberg et en août 1478 il ramène "à l'obéissance les sires de Rodemack et de Beaufort". En 1479 et à nouveau en 1480, avec Philippe de Croy, il repousse les troupes franco-lorraines à Virton et à Differdange, lutte contre Guillaume de la Marck dans la région de Namur et apaise fin 1480 la longue "Querelle de Bourscheid". A nouveau en janvier 1482, il doit reprendre Virton et à l'automne sévir contre Guillaume de La Marck jusqu'au printemps 1484. Le 18 mai 1483, il est le général en chef de la coalition de la ville de Metz, des duchés de Bar, de Lorraine et de Luxembourg contre Gérard de Rodemack et le comte de Virneburg. La place de Rodemack capitule le 5 juillet et Richemont le 8. Le Luxembourg est enfin pacifié.

- A Sierck, il avait négocié le traité de paix avec la Lorraine, traité signé à Louvain le 9 mai 1483 dont il est l'un des conservateurs et en septembre il est en mission confidentielle auprès du duc René II. Nommé maréchal de Bourgogne le 19 septembre (et il sera jusqu'à fin 1498), il rachète peu après les seigneuries de Montmédy, Saint Mard, Breux et Virton, engagées aux Rodemack et celle de Blettange, engagée à la ville de Metz, Maximilien, ayant promu le 25 juin 1487 Christophe, margrave de Bade, au gouvernement de Luxembourg, l'opposition du pays est telle que Claude doit être prolongé et que le margrave ne peut entrer en fonction que le 24 juillet 1489.

- Claude, alors nommé gouverneur des Pays de Bourgogne, commande l'armée de la reconquête de la Franche Comté (novembre 1492 - janvier 1493) et lors de la paix de Senlis (23 mai), il est nommé conservateur pour le Luxembourg et le comté de Bourgogne. Il réunit les Etats de la Comté, apaise les rancunes de Maximilien, prône la réconciliation et, par sécurité, fait nommer son frère Guillaume, lieutenant de Jean de Chalon, le nouveau gouverneur de la Comté de Bourgogne dont la politique ondoyante donnait méfiance.

- L'archiduc Philippe le Beau, déclaré majeur en 1594, fait de Claude l'un de ses ministres et membre de son Conseil. Aussi en 1495, il accompagne l'archiduc Philippe dans ses "entrées dans ses bonnes villes des Pays d'En Bas", puis il va en ambassade en Lorraine négocier un projet de mariage de l'archiduc avec la fille aînée du duc René II. Le 30 novembre 1498, en l'église Sainte Gudule de Bruxelles, il a l'honneur de porter au côté de "Madame la Grande" (Marguerite d'York), le bassin du baptême d'Eléonore, le premier enfant de l'archiduc. Le 22 octobre 1501, il conduit à Bruxelles en Savoie Marguerite d'Autriche s'unir à Romainmotier avec Philibert le Beau (2 décembre) et il accompagne les époux à Genève. Le 4 août 1502, il est à Milan et en janvier 1503, il va chercher à la frontière d'Espagne l'archiduc Philippe le Beau pour le conduire en Comté où celui-ci reçoit une visite triomphale au cours de l'été 1503 ; il le mène enfin en Haute Allemagne et dans l'Empire. A la mort de son frère Henry (mai 1504), il lui succède dans l'ensemble des possessions de la maison de Neufchâtel en Comté et en Lorraine, mais meurt peu après le 24 février 1505 "au grand regret de ses subiets".

- Proposé comme chevalier de la Toison d'or dès 1481, Claude de Neufchâtel est élu chevalier le 26 mai 1491 en la cathédrale Saint Rombaut de Malines. Il représente l'Ordre aux funérailles de l'empereur Frédéric à Vienne le 28 août 1493 et c'est à lui que le Grand Bâtard Antoine de Bourgogne donne pouvoir de plaider sa cause au Chapitre de Bruxelles le 17 janvier 1501.

- Très aimé au Luxembourg et en Comté, Claude de Neufchâtel fut un fidèle soutien de sa famille dans les difficultés et par lui la maison de Neufchâtel continua de briller au premier rang par les responsabilités dont il fut investi. Il fut aussi "l'un des hommes les plus dévoués à la cause de la Maison de Bourgogne et les plus efficaces à son service". "Cousin, très chier et bien aimez" du duc et de la duchesse Marie, il leur voua "dans la tourmente un indéfectible attachement". Il reçut cet émouvant témoignage de la jeune duchesse : "Vous marcyons tand de cœur que pouvons et aurons perpétuelle mémoire et souvenance".


Jacques DEBRY
(Extrait des Chevaliers de l'Ordre de la Toison d'Or au XVè siècle sous la direction de Raphaël de Smedt - Publications des Kieler Werkstücke - Peter Lang - Francfort sur le Main) et Handelingen van de Koninklijke Kring voor Oudheidkunde, Letteren en Kunst van Mechelen.