Jean de Neufchâtel Seigneur de Montaigu et de Fontenoy-le-Château en Vosges

Jean I de Neufchatel, seigneur de Montaigu et deFontenoy en Vosges - grand Bouteiller de France, Capitaine général dans les deux bourgognes et le comté de charolais - Chevalier de la première promotion- Bruges - 20 janvier 1430 - Ayant hérité des possessions de son oncle, Jean de bourgogne, il écartele ses armes de Neufchatel et comté de Bourgogne

 - Né en 1375 - mort en septembre 1433 en Terre Sainte et inhumé à Notre Dame de Faverney

- Second fils de Thiébaut VI, seigneur de Neufchâtel († janvier 1401), Gardien du Comté de Bourgogne, et de Marguerite de Bourgogne - Comté († 1397), celle-ci fille de Henri, seigneur de Montaigu, et d'Isabeau de Thoire et Villars. Son frère aîné, Thiébaut VII, époux d'Alix de Joinville-Vaudémont, périt à Nicopolis (25 septembre 1396). Son frère cadet Humbert fut évêque de Bâle (+1418). Jean était aussi le neveu du cardinal Jean de Neufchâtel († 4 octobre 1398), qui, entre autres, oeuvra à Avignon pour mettre fin au schisme des deux papes.

- Il épousa au début de décembre 1398 Jeanne de Ghistelles, dame d'Havrincourt († entre 1423 et 1432 et inhumée en l'abbaye Notre-Dame de Faverney), veuve de Jean de Chalon, seigneur de Chatelbelin († à Nicopolis), et fille de Jean, seigneur de Ghistelles, capitaine général de Flandre, et de Jeanne de Châtillon (-sur-Marne). Elle lui apporta une dot de 8.000 livres, la seigneurie de Saint-Lambert (Ardennes) et la vicomté de Bligny (Marne), biens qui venaient de sa mère. Plusieurs différends s'élevèrent dans la suite tant avec Louis de Chalon, comte d'Auxerre, qui contesta jusqu'en mai 1401 le douaire de Jeanne de Ghistelles, qu'avec Isabelle, sœur aînée de Jeanne, et épouse de Robert de Béthune, vicomte du Meaux. Les différends avec celle-ci prirent fin le 30 octobre 1421.

- L'union de Jean et de Jeanne de Ghistelles demeura sans postérité, mais elle paraît avoir été forte et durable. En effet le 28 février 1423, par devant le tabellion de Port-sur-Saône, Jean "mehuz de très bonne et ferme amour marital" fit rédiger un acte, muni du sceau de l'Officialité, par lequel il faisait don irrévocable à son épouse, sa vie durant, de toutes ses seigneuries et de ses biens meubles, pour le cas où elle lui survivrait. Il laissa cinq bâtards dont les deux premiers, légitimés en novembre 1424 par Henri VI, roi de France et d'Angleterre ; Thibaud, seigneur de Chemilly (+ 1454) capitaine et orateur renommé, né d'Isabelle de Villers et époux d'Anneline de Bavans (+ avant 1435), et de Catherine de Vergy (+ 1480), tige d'une descendance comtoise et champenoise ; Antoine, seigneur de Sillery (+ avant 1481), né d'Isabeau de Buissy, et époux d'Agnès de Francières, tige d'une descendance lorraine seigneur de Rembercourt aux Pots et de Guerpont ; Jacques, seigneur de Sorans les Cordiers (+ après 1476), époux d'Etiennette de Maissey ; Jean (+ après 1445) peut être né de Billacte ----, époux d'Agnès de Houdelaincourt ; Isabelle (+ après 1499) époux d'Henri Brebant de Chaumon.

- Au décès de sa mère, il hérite des biens de son oncle Jean de Bourgogne, mort sans postérité le 6 décembre 1373, les baronnies de Montaigu, Amance et Fontenoy-le-Château -les seigneuries de Fondremand et de Port-sur-Saône, ainsi que de Liesle, Chissey et Buffard dans la vallée de la Loue- les gardes de l'abbaye de Faverney et du chapitre de Calmoutier. Aussi écartela-t-il les armes de Neufchâtel avec celles des comtes de Bourgogne. De son côté, son père lui légua le 13 décembre 1400 des rentes à Salins ainsi que la seigneurie de Nancuise qu'il échangea le 25 mai 1401 avec son neveu Thiébaut VIII contre celle de Chemilly,-ceci dans un souci de regroupement des biens paternels et maternels. Le 25 juin 1418, il acquit du cardinal de Bar la châtellenie de Conflans-en-Bassigny pour 6.000 livres et le 5 novembre, de Bonne de Bar, celle de Nanteuil-La-Fosse ainsi que la terre de Cumy pour 7.000 moutons d'or.

- Le 11 novembre 1395, Jean de Neufchâtel assiste à la prestation de serment de son père, administrateur de l'évêché de Bâle en attendant que son fils Humbert puisse en prendre le gouvernement. Dès 1400 il est écuyer dans la suite du duc Philippe le Hardi. Nommé échanson du roi en juillet 1403, il est cité chevalier à la montre d'armes du 12 septembre 1408. Le duc Jean sans Peur lui doit une grande part de sa victoire sur les Liégeois à Othée le 23 septembre 1408 ainsi que lors du siège de Vellexon (fin 1409). Nommé capitaine général dans les deux Bourgognes en novembre 1410, il lutte en 1411 et 1412 contre la révolte de Louis de Chalon dans le Tonnerrois. Le 29 janvier 1413, la duchesse Marguerite lui confie le commandement des troupes qui vont en Artois et il se rend célèbre par sa défense d'Arras contre l'armée royale (juillet - septembre 1414) et par sa lutte dans une galerie de mine contre le comte d'Eu. En dédommagement de 14.000 livres qui lui étaient dues au titre de ses gages et des frais qu'il a payés à la place du duc, celui-ci lui cède les dîmes de Chariez et de la terre de Montigny ainsi que la seigneurie de Chay.

- En octobre 1414, envoyé auprès de Catherine de Bourgogne, il négocie avec Gauthier de Bauffremont-Ruppes "pardevers le duc d'Autriche, le comte de Wurtemberg et ceux de Suiche" (Suisse) ; et à nouveau en juin et août 1415, il est envoyé auprès du Concile de Constance et du roi des Romains. Le duc le nomme le 13 novembre gouverneur du Comté de Bourgogne ainsi que des châtellenies de Rosemont et de Belfort, puis la duchesse l'envoie à Lyon en décembre auprès du roi des Romains. Nommé gardien de Luxeuil, par le roi de France, le 11 août 1416, il assiège ensuite Nogent le 18 juillet 1417, et prend Châlons-sur-Marne dont il est nommé gouverneur le 13 août. Après avoir défendu Rouen contre les Anglais, il est nommé Grand Bouteiller de France le 30 juillet1418, puis Président de la Chambre des Comptes le 30 janvier 1419.

- Il est auprès du duc de Bourgogne, le 11 juillet 1419 lors du traité de Pouilly-le-Fort avec le Dauphin et il est le seul, lors de l'attentat de Montereau du 10 septembre, à pouvoir "saillir dehors les barrières" et à en réchapper. Il brûle alors les papiers du duc et depuis Bray-sur-Seine, il envoie des messagers prévenir la reine à Troyes, le jeune Philippe à Gand et la duchesse à Dijon. Celle-ci l'envoie en ambassade auprès du roi et du cardinal de Bar. Il assiste ainsi au traité de Troyes (21 mai 1420) et au mariage de Catherine de France avec le roi Henri V d'Angleterre le 8 juin.

- Dans le courant de 1423, il fait tomber toutes les places, tenues en Champagne par La Hire au nom du Dauphin, puis il va au siège de Nesle en juillet 1424 et fait ensuite capituler La Hire à Vitry-le-François le 4 octobre. Aussi le régent Bedford lui donne-t-il les seigneuries de Sommevesle, Conflans et Vitry-la-Ville ; et en novembre 1424 il légitime ses bâtards Thibaut et Antoine.

- Le 8 janvier 1430, Jean de Neufchâtel est à Bruges pour accueillir Isabelle de Portugal et il assiste à son mariage le 10 janvier ainsi qu'à la fondation de l'Ordre de la Toison d'Or dont il est nommé chevalier. Ensuite, il va négocier à Jonvelle et à Lure avec les envoyés du duc de Lorraine et avec ceux du duc d'Autriche. Il participe à l'expédition en Dauphiné de Louis de Chalon, prince d'Orange, mais celle-ci tourne au désastre le 11 juin 1430 lors de la "surprise dans les bois d'Anthon". Jean de Neufchâtel parvient à s'échapper, mais il lui sera ensuite reproché d'avoir fui. En janvier et juin 1431, il négocie à Montbéliard avec les envoyés du duc d'Autriche et à Luxeuil avec ceux de Lorraine et de Bar. Contrairement à ce qui est souvent écrit, il n'a pas participé à la bataille de Bulgnéville du 2 juillet 1431 contre le duc de Lorraine, René d'Anjou. Beaucoup l'ont confondu avec Jean de Fribourg, comte de Neuchâtel. Mais du fait d'une parenté commune par les Châtillon-sur-Marne, il fut l'un des "quatre pleiges" de la rançon de 18.000 florins d'or de Jean seigneur de Rodemack fait prisonnier à cette bataille.

- Lors du Chapitre, tenu à Lille le 30 novembre 1431, le duc Philippe, humilié par la défaite d'Anthon, lui défend de porter le collier de la Toison d'Or. "Et fut à grand regret des compagnons dudit Ordre, aians assez cognoissance de la vaillance et de la proesse dudit seigneur de Montagu". Il est alors remplacé dans l'Ordre par Simon de Lalaing, seigneur de Montignies. Très affecté, Jean de Neufchâtel teste à Amance le 11 janvier 1432, et "constitue son hoir" son petit-neveu Jean (et non pas son neveu comme trop souvent écrit), ce qu'il rappelle dans un acte du 31 juillet "Jehan, je t'ai fait comme mon filz". En vain, il présente une nouvelle requête au chapitre tenu à Saint-Donat de Bruges le 30 novembre 1432 où son procureur déclare qu'il avait "par sa vaillance sauvé maint chevaliers". Il part alors en Terre Sainte et "y meurt d'ennui", désespéré, en septembre 1433. Il avait voulu être inhumé en l'abbaye Notre-Dame de Faverney auprès de son épouse et de son oncle Jean de Bourgogne dont il avait hérité les possessions.

- Valeureux capitaine et orateur convaincant, Jean 1er avait consacré toute sa carrière au service du duc Jean sans Peur, puis à sa veuve et à leur fils et il leur était resté fidèle dans les plus durs moments. Ce même dévouement, il l'avait témoigné envers le jeune duc Philippe dans la période difficile de ses débuts. Aussi la décision du chef de l'Ordre aurait-elle pu être nuancée de plus de bienveillance et de moins d'ingratitude.


Jacques DEBRY
(Extrait des Chevaliers de l'Ordre de la Toison d'Or au XVè siècle sous la direction de Raphaël de Smedt - Publications des Kieler Werkstücke - Peter Lang - Francfort sur le Main).