
Huitieme chapitre de l'ordre de la Toison d'Or à Mons - 30 avril 1451
Jean II de Neufchatel seigneur de Montaigu et de Revnel Grand Conseil Lieutenant General dans les Pays de Bourgogne
- Né fin 1417/début 1418 - mort en juillet 1489 et inhumé aux Jacobins de Besançon. Second fils de Thiébaut VIII, seigneur de Neufchâtel et de Châtel sur Moselle, et de sa première épouse Agnès de Montfaucon - Montbéliard, quatrième fille d'Henri, seigneur d'Orbe (+ Nicopolis 25 septembre 1396), et de Marie de Châtillon sur Marne. Il était le frère de Thiébaut IX (chevalier n° 59) et le demi-frère d'Antoine, seigneur de Clémont, et de Bonne, épouse successive d'Antoine de Vergy et de Jean de la Baume - Montrevel.
- Il épousa à Hesdin le 20 novembre 1437, en présence de la cour ducale, Marguerite de Castro (t. 15 décembre 1458, morte avant août 1479, inhumée à l'abbaye de Faverney), fille de Ferdinand, seigneur d'Ança et de Monsanto, gouverneur d'Henri le Navigateur, frère de la duchesse Isabelle, et de Mecia (Maria) de Souza, descendante d'un bâtard du roi Alphonse III de Portugal. Ils eurent neuf enfants : Philippe, seigneur de Fontenoy en Vosge (+1488) époux de Catherine de Bade - Hochberg (+1498) fille du margrave Roetteln, comte de Neuchâtel et de Marguerite de Vienne ; Isabeau (+1479), filleule et demoiselle d'honneur de la duchesse et épouse de Louis de Vienne, seigneur de Ruffey (+ 1485) ; Charles (+1498) archevêque de Besançon en 1463, Président des Etats de Bourgogne (1489) et évêque de Bayeux ; Isabelle (+1471), épouse de Philibert Philippe de La Palud, comte de la Roche (+ 1473) ; Fernand (+1521) époux successif de Madeleine de Fénétrange (+1496), de Claude de Vergy (+1512) et d'Etiennette de La Baume (+1521) ; Jeanne (+1475) épouse de Guillaume I seigneur de Ribeaupierre (+1507) ; Marguerite reçue en 1458 à 7 ans au Chapitre noble de Sainte Waudru à Mons ; Jean, seigneur de Saint Aubin (+1510), époux de Catherine de Rougemont (+ 1499) et Avoye (+1493), épouse de Hélyon de Grandson (+1505), seigneur de Lamarche Vuillafans.
- Lors de son émancipation, début 1431, il est fait seigneur de Reynel et c'est à ce titre qu'il accompagne son père lorsque celui-ci rend hommage, le 8 avril 1431 à Charmes, à René d'Anjou, duc de Bar. Son grand oncle Jean 1er, héritier par sa mère des biens de Jean de Bourgogne, lui avait légué le 11 janvier les baronnies de Montaigu (10 km NE Vesoul), Amance et Fontenoy le château, les seigneuries de Fondremand, Port sur Saône ainsi que Liesle, Chissey et Buffard dans la vallée de la Loue, les suzerainetés de Thoraise et de Torpes, et les gardes de l'abbaye de Faverney et de la collégiale de Calmoutier. Aussi, Jean II écartèle ses armes de Neufchâtel et de Bourgogne Comté. Son père lui avait déjà donné, outre la baronnie de Reynel, les seigneuries de Mussey, Mathons et Morancourt. La succession de sa mère le 23 août 1439 lui apporta celles de Marnay, Lavoncourt et Montlevon en Brie (10 km N de Montmirail), ainsi que cent livres de rente sur la saunerie de Salins. Le partage complémentaire de son père à Gy le 31 octobre 1447 lui ajoute une autre rente de trois cents livres sur cette saunerie. Sa tante et marraine Jeanne de Montfaucon, épouse de Louis de Chalon, prince d'Orange, lui lègue le 14 mai 1445 l'importante seigneurie de Vuillafans le Vieux, legs que lui contestera Guillaume de Chalon jusqu'au 10 mars 1460. Enfin il acquiert de Guillaume de Chalon celle de Bouclans le 19 juin 1466 pour 3.000 francs d'or le 19 juin 1466.
- La succession de son grand oncle lui avait créé dès 1434 des difficultés de la part des descendants des deux sœurs de Thiébaut VII et de Jean I, à savoir Antoine de Hattstatt, seigneur de Wihr au Val, et Rodolphe III de Ramstein, seigneur de Zwingen et Gilgenberg. Jean, aidé de son père et de son frère, et avec l'appui de Smassmann de Ribeaupierre, combat en juin et juillet 1436 en Alsace entre Sainte croix en Plaine et Ensisheim. L'affaira paraît se terminer en 1438. De leur côté les comtes de Linange (Leiningen) contestent les legs faits à Isabelle de Villers. Son frère Thiébaut IX leur enlève Gerbéviller, mais la médiation de la duchesse de Lorraine apaise le différend le 22 mai 1442.
- Dès cette année, Jean lutte contre les Ecorcheurs et en juillet 1444 il conduit 500 archers de Picardie en Bourgogne. Début novembre 1442, il avait accompagné son père aux négociations, tenues à Besançon entre le duc et l'empereur Sigismond, concernant la succession du Luxembourg. Ce sont ses "eschelleurs" qui pénètrent par surprise dans la ville de Luxembourg dans la nuit du 22 au 23 novembre 1443 et livrent cette ville à l'armée du duc de Bourgogne. Il est l'un des négociateurs du traité du 29 décembre par lequel le duc de Saxe et son épouse abandonnent au duc de Bourgogne leurs droits sur le duché de Luxembourg et le comté de Chiny, moyennant 120.000 florins. Le 4 janvier suivant il entre à Thionville, puis il revient lutter contre les Ecorcheurs tandis que le 30 septembre il rend hommage au duc de Lorraine pour Fontenoy.
- De juillet 1445 à 1447, il est avec son frère Thiébaut IX, maréchal de Bourgogne, l'un de ceux qui négocient avec le duc Albert VI d'Autriche et Guillaume de Hochberg l'investiture du duc au nom de l'Empire pour les fiefs du comté de Bourgogne et des Pays Bas (traité de Bruges du 18 mai 1447). L'année 1448 le voit arbitre de la querelle entre les Fribourgeois et leur avoyer Guillaume d'Avenches, pour lequel le duc de Savoie avait pris parti. La paix est conclue le 16 juillet, assortie de la libération de Jean de Vergy, seigneur de Montrichier, qui avait été fait prisonnier à la bataille de Neumatte. Vers 1450 débute la construction à Fontenoy le Château de la nouvelle église ; dans le chœur de celle-ci deux clefs de voûte présentent les visages de Jean et de Marguerite, son épouse.
- Lors de la guerre de Gand, il est l'un des gardes du corps du duc à Grammont (Gerardsbergen) le 4 avril 1452 ; il débloque Audenarde le 28, combat le 9 juin à Bazel, où périt le bâtard Corneille, et à Rupelmonde le 11. Lors de l'offensive de juin 1453, il enlève Schendelbeke en cinq jours (25 au 30 juin), assiège le château de Gavre du 16 au 23 juillet et combat à la décisive bataille de ce dernier jour. Il est aux côtés du duc lors de la reddition de Gand (31 juillet). En septembre 1456, lors de la fuite du dauphin, il escorte celui-ci avec son frère, le maréchal de Bourgogne, de Nozeroy dans le Jura à Namur en passant par Châtel sur Moselle. Puis à la demande du duc, il organise la fuite de la dauphine Charlotte de Savoie qu'il accueille le 17 juin 1457 à Lons le Saunier avec son épouse Marguerite de Castro et Louis de Chalon. Par Besançon et Metz, il la conduit à Namur à son fiancé le 10 juillet.
- En 1460 il est nommé premier chambellan de la seconde chambre (c'est à dire de la Chambre du duc pour la seconde moitié de l'année). Lors de la guerre du Bien Public, il refoule les Français du Bourbonnais (mai-juillet 1465), prend Moulins et rejoint avec son frère Thiébaut, le comte de Charolais le 6 août devant Paris. Parmi ses troupes, l'on comptait plus de 150 chevaux alsaciens dont deux Ribeaupierre. Puis c'est la campagne de Liège : après la prise de Dinant le 25 août 1460, il conduit avec Rodolphe de Hochberg une avant garde de 400 lances qui fait capituler Liège le 8 septembre. Il participe aussi à la troisième guerre de Liège à la tête de 4.340 soldats.
- Le 24 juin 1468, lieutenant du gouverneur Philippe de Bresse, il est le chef effectif de l'armée de Bourgogne puisque Philippe de Bresse n'exerce pas sa charge ; aussi le 3 septembre 1470, il devient officiellement lieutenant général du duc "en ses pays de Bourgogne". Toutefois, en février 1469, il avait été ambassadeur auprès du roi avec Pierre de Bauffremont (chevalier n° 20) pour le fait de Charles de France ; puis il s'était rendu en mars en Bretagne en ambassade auprès du duc François II. Début novembre 1470, il commande une armée de 5.000 hommes pour réprimer les brigandages en Alsace et réduire à l'obéissance le Ganerbinat d'Ortenberg. Lors de l'attaque française de février 1471 en Mâconnais, il tente de débloquer Buxy assiégé, mais il subit un échec le 14 mars. Cependant les Français échouent le 8 avril devant Tournus et devant Chalon. Aussi dès la mi-avril, il va secourir Châtel sur Moselle, assiégé depuis la mi-février par les Lorrains qui, à son arrivée, lèvent aussitôt le siège le 25 avril. De retour en Bourgogne, il réunit dès le 26 mai 800 lances pour aller rejoindre le duc dans les Pays Bas.
- Le 18 février 1472, Antoine de Luxembourg, comte de Roussy, lui succède à la lieutenance des Pays de Bourgogne tandis que Jean II est à nouveau ambassadeur en France et en Bretagne. En mai 1473, le chapitre de Valenciennes rappelle à son procureur les reproches déjà faits au précédent chapitre de Bruges, à savoir sa mésintelligence avec feu son frère le maréchal de Bourgogne, mais aussi de vivre en adultère. A la même époque, il fait construire la chapelle Notre Dame à Marnay. Après avoir assisté à Dijon le 8 février 1474 au retours des corps du duc Philippe et de son épouse, il va à la mi-avril en Alsace porter à Brisach une lettre du duc, demandant que son bailli Pierre de Hagenbach, arrêté, ne soit pas maltraité. Après l'exécution de celui-ci le 9 mai, il conduit avec son neveu Henry et Antoine de Hagenbach, six mille cavaliers ravager en juillet - août le pays de Ferrette. Lors de l'invasion franco-lorraine au cours de l'été dans le nord-ouest de la Franche Comté, son château d'Amance tient bon. Début janvier 1475, le duc Charles lui confie la mission de conduire le prince de Tarente, fils du roi Ferdinand d'Aragon (chevalier n° 72), au Luxembourg, puis il bloque une offensive de l'armée du Roi en Mâconnais.
- Lors de la guerre avec les Suisses, il reçoit le duc Charles le 19 janvier 1476 à Amance et à nouveau le 6 février à Vuillafans et il grossit son armée de 2.000 hommes. Il combat à Grandson 2 mars, mais il n'est pas à Morat 22 juin. Bon nombre d'auteurs l'ont confondu avec Henry de Neufchâtel. En effet à l'époque, il était malade à Amance et mis en surveillance par le duc. Il ne paraît pas non plus aux montres d'armes de la Rivière juillet 1476. Mais lors de la première invasion de la Comté par le sire de Craon, il résiste à Amance tandis que sa ville de Marnay est incendiée. Il ne lui sera d'ailleurs fait aucun reproche au chapitre de Bruges de mai 1478 quant à sa fidélité à la duchesse. A nouveau, lors de la seconde invasion par Charles d'Amboise, il organise la défense du bailliage d'Amont. Après la prise de Dole le 26 mai et son saccage le 27, c'est l'incendie de la ville de Vesoul tandis que le château où commande son fils Jean III résiste jusqu'au 22 juin. Alors Jean II, lui même assiégé dans Amance, capitule le 26.
- Pensant peut être que le ralliement est la seule manière de sauver ce qui peut l'être, il jure fidélité au roi le 22 juillet à Dijon. Celui-ci le fait son conseiller et chambellan le 21 octobre 1479, le nomme capitaine et gouverneur de la ville et de la châtellenie de Corbeil, charge qu'il assume jusqu'à fin 1483 au moins. Le 7 avril 1480, le roi lui donne ainsi qu'à son fils Jean III, le comté de Joigny et la seigneurie de Vitteaux, confisqués à Charles de Chalon. Ceci dans le but de marier Jean III à la toute jeune Charlotte de Chalon, pourtant déjà unie par contrat du 16 novembre 1479 à Adrien de Sainte Maure. Pour contraindre Charlotte à cette nouvelle union, Louis XI la fait emprisonner avec sa mère à Corbeil où Jean II multiplie les mauvais traitements à leur égard. En vain, car Charlotte finira par épouser Adrien de Sainte Maure le 9 octobre 1480.
- Jean II est exclu de l'Ordre au chapitre de bois le Duc le 5 mai 1481 et il est sommé à la Pentecôte 1486 de restituer le collier. Il avait reçu du roi Charles VIII en octobre 1484 le collier de l'Ordre de Saint Michel. En 1486, il se retire à Vuillafans, pensionné de 2.000 livres et le 4 juillet il tente de se justifier dans une lettre adressée à Maximilien. Le 29 juin 1489, il teste à Vuillafans, fait Philippe de Hochberg, comte de Neuchâtel, son exécuteur, et meurt avant le 28 septembre.
- Doué d'un charme indéniable, capitaine audacieux et habile négociateur, il était considéré par le roi Louis XI comme l'un de ses plus dangereux adversaires ; aussi s'efforça-t-il de le gagner à sa cause. Ce retournement valut à Jean II l'animosité de Maximilien, et il fût jugé trop rapide dans son retournement par les nobles comtois, restés fidèles à la duchesse Marie dans un pays durement éprouvé par l'invasion française.
Jacques DEBRY (Extrait des Chevaliers de l'Ordre de la Toison d'Or au XVè siècle sous la direction de Raphaël de Smedt - Publications des Kieler Werkstücke - Peter Lang - Francfort sur le Main).