Thiébaut IX de Neufchâtel, Seigneur de Neufchâtel et de Chastel sur Mezelle

- Né en 1417 -+ le 4 décembre 1469, inhumé avec son épouse en l'abbaye de Lieu-Croissant dite des Trois Rois (mages) près de l'Isle-sur-le-Doubs.
Devise : je y mettray paine - Adage : Fiefs de Neufchastel (et non pas fiers).

- Fils aîné de Thiébaut VIII de Neufchâtel, seigneur de Neufchâtel et de Chastel-sur-Mezelle + 2 mai 1461 (chevalier n° 61) et de sa première épouse Agnès de Montfaucon-Montbéliard (1393-1439), celle-ci fille d'Henri, seigneur d'Orbe et de Marie de Châtillon-sur-Marne, branche de Fère-en-Tardenois.

- Il épousa en février 1438 (n.s.) Bonne de Châteauvillain (+ 9 août 1474), fille de Bernard, seigneur de Thil et de Marigny-le-Châtel, puis de Châteauvillain et de Grancey, et de Jeanne, dame de Vez et d'Esquerdes, fille de Robert de Saint-Clair (sur Epte) et de Peronnelle de Vez. Elle lui apportait une dot de 10.000 francs, compensée par la cession en 1440 de Selongey, Boussenois, Varennes-sur-Amance, Foncegrive et Gemeaux, puis le 27 février 1461 par celle de la baronnie de Grancey, rachetable pour 6.500 francs pendant quinze ans. De cette union naquirent douze enfants, huit garçons et quatre filles ; Thiébaut X, déjà capitaine général de Bourgogne, mort prématurément fin 1462 ; Henri (+ 1504) qui hérita de son père, fut général de l'armée de Bourgogne, fut prisonnier à Nancy, puis capitaine de la Grande Ordonnance et ministre du roi Louis XII ; Antoine (+ 1495) évêque de Toul dès 1461 ; Claude (+ 1505) Chevalier de la Toison d'Or n° 100, Gouverneur du Luxembourg et des Pays de Bourgogne, maréchal de Bourgogne, époux de Bonne de Boulay (Bolchen) ; Liénard (+ vers 1477) Ecolâtre de Besançon, proposé évêque de Verdun 1474 ; Louis (+ ap. 1479) chevalier ; Jacques (+1490) abbé trinitri d'Echternach de Luxembourg et de Saint Vincent de Metz ; Guillaume (+ 1505) seigneur de Montrond, lieutenant général en Comté ; Agnès (+ 1474) chanoinesse de Remiremont ; Jeanne (+ 1488) épouse de Gérard de Longvy, seigneur de Gevry et Pagny (+ 1510) ; Marguerite (+ 1493) chanoinesse de Remiremont ; Catherine (+ 1501) abbesse de Baume en 1493.

- Emancipé le 20 mai 1437, Thiébaut reçut en préciput la seigneurie de Blamont le 20 août 1439, après la naissance de son fils Thiébaut X. Le partage de la succession de sa mère le 23 août lui attribua les seigneuries du Fay et de Poinson et le partage anticipé des biens paternels, à Gray le 28 juillet 1447, puis à Gy le 30 octobre, lui donna les seigneuries lorraines de Châtel sur Moselle, Bainville et Chaligny et en Franche Comté celles de Neufchâtel, Héricout, le Châtelot, Rans, la vicomté de Baume et la conduite de la route de Pont Charrot (en aval de Montbéliard) à Palente (à l'entrée de Besançon). Il acquit le 28 août 1446 de Guillaume de Vienne, seigneur de Saint Georges, la seigneurie de Montrond pour 13.000 francs et avant 1459 d'Ulrich de Rahsamhausen zum Stein, celle de Romont en Lorraine pour 7.000 francs.

- Dès 1440, il lutte contre les Ecorcheurs, leur reprend Châteauvillain et vient en aide à Louis d'Anjou, marquis du Pont, avec 500 chevaux contre Robert de Sarrebruck (depuis le défi du 8 septembre 1441 jusqu'au 12 mars 1442). -Lors de la querelle, soulevée par les comtes de Linange au sujet du legs, fait par son grand-oncle Jean 1er à Isabelle de Villers, il leur avait enlevé Gerbéviller qu'il leur rend au traité de paix du 22 mai 1442, conclu sous la médiation de la duchesse de Lorraine. Début novembre, il accompagne à Besançon son père et son frère Jean à l'entrevue du duc Philippe le Bon avec l'empereur Sigismond pour le fait du Luxembourg.

- Le 4 mars 1443, il est nommé capitaine général et il lutte contre les Ecorcheurs dans le Mâconnais ; puis il va en avril et mai en Bresse au secours du duc de Savoie, et en juin en Nivernais. Le 11 août, à 26 ans, il est nommé maréchal de Bourgogne en remplacement de Jean, comte de Fribourg, malade. Maréchal, il le restera jusqu'à sa mort, et ce sera le plus long terme de commandement de son époque. Le 8 septembre à Mézières, le duc, à la veille de partir à la conquête du Luxembourg, lui confie la mission de protéger les pays de Bourgogne et il le nomme gardien de la terre de Luxeuil. Désigné juge conservateur pour faire respecter les limites entre les comtés de Bourgogne et de Bar et agir contre les contrevenants, il subit un premier échec devant Saint Loup, mais il prend ensuite d'assaut le bourg, le met à sac et rase le château. Durant l'hiver, il vient à nouveau en aide à Louis d'Anjou contre Robert de Sarrebruck.

- Au printemps 1444 les Ecorcheurs se rassemblaient aux frontières. Le 12 avril à Epoisses, Thiébaut "tourne en totale déconfiture" le trop célèbre Antoine de Chabannes. Mais le 29 juillet, le dauphin Louis XI est à Langres avec plus de 25.000 Ecorcheurs et se dirige vers l'Alsace et Bâle, jalonné par Thiébaut qui tente de limiter leurs pillages. Lors du retour des Ecorcheurs vers la Lorraine, il en écrase une grosse partie aux environs d'Altkirch le 19 mars 1445. Le duc le récompense de son action par un don gratuit de 10.000 francs.

- En juillet 1446, il négocie à Chambéry une alliance de la Bourgogne avec Berne et Zurich par l'intermédiaire de Louis duc de Savoie. Et en 1447, avec son frère Jean, il négocie, cette fois-ci, avec le duc Albert VI d'Autriche, l'investiture du duc pour les fiefs du comté de Bourgogne et des Pays Bas qui relevaient de l'Empire, ainsi qu'une alliance avec l'Autriche, jusque là alliée à la France. C'est, par le traité de Bruges du 18 juillet, le renversement des alliances. Le 4 décembre 1448, il refuse "l'ouverture" de Châtel sur Moselle à l'envoyé de René d'Anjou, duc de Bar, prétextant que c'était le fief de son père. Nommé capitaine de Jonvelle, le 7 avril 1451, il mâte en août et septembre les rebelles de Besançon après avoir tenté en vain de les apaiser. Fin décembre, il fait une tentative pour s'emparer par complot de la ville de Lunéville.

- Mais le 11 novembre 1451, la ville de Gand s'était révoltée et depuis, la guerre s'était enlisée. Le 9 juin 1452, le Grand Bâtard Corneille avait été tué à Bazel (Barsele) et le duc, après la victoire de Rupelmonde le 11 juin, attendait pour agir les renforts de Bourgogne que Thiébaut lui apporte début octobre. Thiébaut dévaste alors tout le pays de Waas à cinq lieues de Gand. A la mi-juin 1453, il lance une offensive foudroyante, assiège Schendelbeke du 26 au 30, puis Poeke du 2 au 11 juillet, le château de Gavre du 16 au 23 et ce dernier jour voit l'écrasante victoire de Gavre au cours de laquelle son avant garde, par trois reculs successifs, attire les Gantois dans une boucle de l'Escaut où ils sont anéantis. Il est fait chevalier sur le champ de bataille, mais dans la suite il sera l'un des plus actifs à vouloir réconcilier la ville de Gand avec le duc.

- Tandis que se tenait à Lille le Banquet du Faisan, il négocie avec le duc Albert d'Autriche la paix entre le pays de Bourgogne et les "Pays antérieurs" autrichiens de la Haute Alsace, "les Vorländer" (traité du 24 février 1454) et à nouveau le 17 novembre il négocie le règlement des dommages causés en Comté par des seigneurs des "Pays antérieurs". Entre temps du 22 mars au 9 mai, il avait accompagné en Allemagne jusqu'à Ratisbonne, le duc désireux de rencontrer l'empereur pour l'inciter à se joindre à la croisade qu'il projetait.

- Fin août 1456, le dauphin Louis s'enfuit du Dauphiné et gagne le Sud du Jura. Il ne veut se confier qu'à Thiébaut de Neufchâtel pour le mener à Bruxelles où tous deux parviennent le 15 octobre après être passés par Châtel où le Dauphin eut une belle réception. C'est son frère Jean II qui organisera en juin 1457 la fuite de la Dauphine, Charlotte de Savoie. Lors de la querelle entre le duc Philippe et son fils Charles, le 17 janvier 1457, suivie de l'équipée du duc en forêt de Soignes, c'est lui et son frère Jean qui le retrouvent le 18 janvier au soir. C'est encore lui qui va rechercher à Termonde le comte de Charolais pour sa réconciliation avec son père. Après la disgrâce du chancelier Rolin, à laquelle Thiébaud, ulcéré de l'exécution de Jean de Grandson, avait contribué le gouvernement sera désormais assuré par Guillaume Fillastre aux Finances, ainsi que par Antoine de Croy et Thiébaut de Neufchâtel. Au printemps, le maréchal réconcilie Gand avec le duc qui y fait "sa joyeuse entrée le dimanche le 23 avril 1457, jour de la Saint George.

- Pendant la guerre des Deux Roses, Thiébaut négocie en juin 1458 à Calais avec le comte de Warwick. De fin octobre au 5 décembre 1459, en compagnie de Jean III de Lannoy, il négocie de nouveau avec Warwick à Gravelines, puis ils vont en septembre et en octobre 1460 auprès du duc d'York, momentanément vainqueur. Parallèlement, en Italie, il traitait, depuis le printemps, pour le dauphin, futur Louis XI, avec Fransesco Sforza à Milan, une alliance contre les princes de la maison d'Anjou (traité de Genappe du 3 octobre 1460).

- Le 2 mai 1461, il est élu à Saint Omer chevalier de l'Ordre de la Toison d'or. Le 31 août, à l'entrée du roi Louis XI à Paris, il chevauche entre l'amiral et le maréchal de France, puis il assiste à Reims au sacre du roi. Etendant son influence en Lorraine, il réussit le 3 octobre 1460 à faire nommer son fils Antoine, évêque de Toul, à l'âge de 12 ans. Le 2 mars 1462, il signe un accord d'assistance personnelle réciproque avec le duc Albert d'Autriche. Très affecté par la mort précoce de son fils Thiébaut X, déjà capitaine général, fin 1462, il émancipe Henry, le cadet, le 13 décembre, puis rédige un testament anticipé à Dole le 28 octobre 1463. Dans son désir de maintenir l'unité de ses possessions, il excluait par ce testament la descendance féminine de son fils. Cette clause sera dans l'avenir la source d'interminables procès tant en Franche Comté qu'en Lorraine. Pour le remercier de son aide dans ses négociations passées avec les Sforza, le roi Louis XI lui donne le 2 juin 1463 la ville d'Epinal.

- En avril 1464, il négocie à Belfort pour le roi Louis XI avec des seigneurs d'Allemagne. Le 24 février 1465, il conclut une alliance personnelle avec le Grand Bâtard Antoine contre tous, hormis le duc. Il participe en mars à Cambrai au Conseil qui déclare les Croy "ennemis mortels". Puis c'est la guerre du Bien Public : le maréchal recrute 500 Suisses à Berne, mais alors que son frère Jean (chevalier n° 52) refoule les troupes royales du Bourbonnais, c'est seulement le 5 août au soir qu'il parvient à rejoindre le comte de Charolais avec "la belle armée de Bourgogne" près des bords de la Seine, donc bien après la bataille de Montlhéry (16 juillet 1465). A l'issue de l'entrevue du 30 septembre où le roi avait attiré le comte de Charolais à Conflans l'Archevêque, il tance celui-ci de son imprudence qui avait semé une grave inquiétude dans l'armée. A la mi-décembre, il réprime le premier soulèvement de Liège.

- Ambassadeur en janvier 1466 à Melun auprès du roi Louis XI, il finit par être excédé de la duplicité de celui-ci dans l'affaire d'Epinal. Aussi après avoir fait en vain sommation le 24 février à cette ville de lui faire ouverture, il l'assiège fin avril, mais à l'approche d'une armée lorraine, il a la sagesse de lever le siège le 20 juillet et il ramène ses troupes intactes. Lors de la seconde guerre de Liège, il assiège le 18 août Dinant, qui capitule le 25. Avec une avant garde de 400 lances, son frère Jean fait capituler Liège le 8 septembre, alors que le maréchal voulait une bataille décisive pour en finir avec la révolte.

- Le 22 mai 1467, il conclut un traité d'amitié et de libre circulation des personnes et des biens entre la Bourgogne et les Cantons de Berne et de Zurich ainsi que de leurs alliés Soleure et Fribourg. Cet accord prévoyait aussi qu'aucun des contractants ne laisserait le passage à un ennemi de l'autre. Pour se venger de son échec d'Epinal, il déclenche début août une guerre personnelle avec la Lorraine, ce qui lui vaut en septembre des revers sérieux dans ses possessions. Appelé à nouveau dans les "pays de par deçà", le maréchal assiège Saint Trond, écrase les Liégeois à Brustem le 28 octobre et entre le 11 novembre à Liège qu'il fait démanteler.

- Le 13 mars 1468, le duc Charles le nomme capitaine de Montmirey et prend le 14 mars sous sa protection Châtel et Bainville, imposant ainsi une trève en Lorraine jusqu'au 1er septembre. Le maréchal est présent en mai au chapitre de la Toison d'or de Bruges et il lui y est reproché d'avoir fait la guerre au duc de Lorraine sans avoir eu l'agrément du duc et de ses confrères de l'Ordre. Fin juillet, il négocie à Dijon avec Nicolas de Diesbach, avoyer de Berne, en vue de prévenir les causes de discorde qui pourraient naître de la guerre de Mulhouse. Puis il lève l'armée qui rejoint le duc à Péronne le 9 octobre "causant grande frayeur au roi". Il conseille au duc la plus grande méfiance à son égard. Parti en avant garde contre le nouveau soulèvement de Liège, il tente d'enlever la ville par surprise le 26 octobre en l'attaquant à l'Est par le faubourg Saint Léonard dont il s'empare le 29. Et par une attaque conjointe du duc par le Nord et par l'Ouest, et du maréchal par l'Est, la ville de Liège est enlevée en une matinée le dimanche 30 octobre 1468.

- Le duc Charles avait tenté de mettre un terme à la querelle de Lorraine par une journée de conciliation à Bruxelles. Mais fin novembre une armée lorraine assiège Châtel ; après avoir subi les sorties meurtrières des défenseurs et de lourdes pertes, elle se retire 26 jours après, harcelée par la garnison. En juin 1469, le duc Charles tient à nouveau une conférence pour la paix à Gand, mais sans résultat.

- Par le traité de Saint Omer du 9 mai le duc Charles avait acquis l'engagère de la Haute Alsace et des villes de la Forêt Noire, soulevant ainsi l'inquiétude des Cantons et des Confédérés. Le maréchal se tient alors en liaison avec Rodolphe de Hochberg, qui avait été chargé de prendre de possession de ce territoire et il le reçoit en novembre dans son château de Neufchâtel. Peu de temps après, le maréchal meurt le 4 décembre et ses enfants lui élèveront ainsi qu'à leur mère, en l'abbaye de Lieu Croissant, un magnifique tombeau assez semblable à celui de Philippe Pot, seigneur de la Roche Nolay. Ces tombeaux ainsi que l'abbaye, furent systématiquement détruits et les religieux massacrés par l'armée du comte de Grancey début juillet 1637.

- Une mort prématurée brisa la carrière d'un homme, mêlé aux plus grands événements de son temps. Animé d'une grande activité, il avait mis au service de son ambition une vive intelligence que renforçait une volonté indomptable, associée à une grande clairvoyance.


Jacques DEBRY
(Extrait des Chevaliers de l'Ordre de la Toison d'Or au XVè siècle sous la direction de Raphaël de Smedt - Publications des Kieler Werkstücke - Peter Lang - Francfort sur le Main).